Visite de la la maison d'arrêt de Tours

Dans la semaine du 60 anniversaire de la déclaration des droits de l'homme, j'ai tenu à marquer mon attachement à un Etat où les libertés individuelles doivent continuer à être garanties.
J'ai de ce fait répondu à l'appel national de plusieurs association humanitaires et j'ai visité la maison d'arrêt de TOURS ainsi que le local de rétention situé au commissariat central.
« Pourquoi visiter les prisons et s'intéresser au sort des prisonniers alors que les difficultés sont déjà nombreuses pour ceux qui se plient au règles de la vie civile ? » Voilà une question qui revient bien souvent, accompagnée du désintérêt du plus grand nombre.
Pour répondre et expliquer, des chiffres qui parlent d'eux- même :
Le taux de détention a augmenté de 25 % en cinq ans en France. Aucun autre pays européen ne connait une telle augmentation et contrairement à une idée bien ancrée, il n'y a pas d'explosion de la délinquance, notamment criminelle sur notre territoire.L'inflation carcérale touche surtout les pauvres, les étrangers et les malades psychiatriques. C'est pourtant dans ce contexte que se multiplient depuis 2002, et plus encore depuis 2007, les lois qui visent à durcir la politique répressive en France.
Par ailleurs quand on constate que les taux de récidive des personnes condamnées pour des infractions contre les biens avoisinent les 80 %, on doit s'interroger sur la sanction carcérale telle qu'elle existe aujourd'hui :
Il me semble que le but de l'incarcération devrait être que les personnes incarcérées ressortent dans un meilleur état que quand elles y sont entrées et ceci dans l'intérêt même de notre société. Comment imaginer que les conditions actuelles de détention puisse amener les personnes qui s'y trouvent à une reflexion sur leurs actes et la portée de ceux-çi alors que la surpopulation carcérale endémique, ainsi que la vétusté des locaux ne permettent plus de garantir le respect inhérent de la dignité que l'on doit à toute personne.
J'insiste aussi sur le fait que s'intéresser à la maison d'arrêt de Tours et au local de rétention s'est élargir la réflexion sur la présomption d'innocence et sur la notion de détention préventive qui concerne 1/3 des détenus.
Les étrangers qui se retrouvent au local de rétention n'ont, pour la plupart, commis comme seul délit que celui de chercher à mener une vie meilleure que dans leur pays d'origine frappé par des conflits ou par une misère économique plus forte que dans notre pays… Actuellement, la course au chiffre dans laquelle s'est engagé notre gouvernement entraine une déhumanisation dans les modes d'interpellations et dans les conditions de rétention. Le chiffre des expulsions est passé de 15000 en 2003 à 25000 en 2008. Peut-on accepter de vivre sans s'interroger dans un pays où même des enfants peuvent être emprisonnés jusqu'à une durée de 18 mois.?…
On parle souvent de juger l'état d'une société au sort qu'elle réserve à ceux qui en sont exclus ou à la marge : les plus pauvres, les plus malades et les détenus.Il ne faudrait pas que notre société se trompe de combat : Plutôt que de punir et d'enfermer les pauvres, c'est la pauvreté que nous devons combattre.
Récemment enfin le conseil de l'Europe nous a engagé à n'utiliser la prison que comme une sanction de dernier recours. Il nous faut travailler à respecter ce principe et à sanctionner autrement les auteurs d'infractions moins graves pour leur éviter le fossé qui se creuse en prison avec la réalité. L'avilissement de l'homme ne doit pas prendre le pas sur sa réhabilitation car tous les détenus ont vocation à réintégrer la vie civile. Ne l'oublions pas.
C'est pourquoi, je vais interpeller Madame la Ministre de la Justice sur l'état de la maison d'arrêt de TOURS afin qu'elle puisse bénéficier des travaux de restauration nécessaires et d'un renfort de personnel.
Jean-Patrick GILLE



