29/08/2010 - Vincent Peillon veut apporter ses Lumières

Le Vincent Peillon nouveau est arrivé. Tout en intellect, en esprit critique et en réflexion métaphysique. Pratiquement disparu des écrans radars depuis le retentissant lapin télévisuel posé à Arlette Chabot, en janvier, le député européen fera son grand retour sur la scène socialiste samedi à l’université d’étéde La Rochelle. A l’occasion d’un débat sur «la question sociale» et dans le costume du penseur de fond. L’ancien porte-parole du parti prévient : «Je n’entre plus dans ce jeu qui consiste à commenter les positionnements des uns et des autres. "Il faut que je compte mes amis", "Je suis proche d’Untel ou d’Untel", c’est fini.»
Juré, craché : terminé les opérations d’appareil, les manœuvres partisanes et autres petits arrangements entre camarades. Ces six derniers mois, pendant lesquels il s’est retiré dans son cocon, Vincent Peillon assure avoir fait sa mue. Affligé, dit-il, par «l’abaissement du débat public. Pas de débat d’idées, juste l’émotion, l’invective, une sorte de présent perpétuel où un instant en chasse un autre. Je ne voyais plus l’intérêt d’être pris dans ce maelström. Je voulais réfléchir à ce qu’on doit faire pour 2012. J’avais besoin de ce détour».
Blessures. Cette retraite monacale, toute en abstinence médiatique, avait aussi pour but de panser les blessures reçues à Dijon, en novembre 2009, quand il s’était violemment affronté à Ségolène Royal pour le contrôle du courant l’Espoir à gauche. Moins dans le costume du penseur que dans le survêtement du distributeur de gnons. «A Dijon, Ségolène l’avait explosé, raconte un membre de la direction socialiste. Lui qui était plutôt dans une posture de rassembleur, candidat potentiel au poste de premier secrétaire, s’était retrouvé dans une situation de violence et d’incapacité à gérer.»
Aujourd’hui, le gentleman philosophe - qui a néanmoins choisi Paris Match pour confirmer qu’il ne jugeait pas sa candidature «utile» - assure avoir tourné la page. «Repris le fil avec tout le monde.» Et enfin mis un terme à un dédoublement de personnalité politique. Entre la figure de l’agrégé de philosophie, spécialiste des socialistes prémarxistes et de Merleau-Ponty, et celle du redoutable apparatchik, il a choisi la première. Celui d’un «philosophe dans la cité, qui se confronte à la réalité démocratique». Qui planche sur son prochain ouvrage, Eloge du politique. Une introduction au XXIe siècle (1). Il dit : «Le système refusait qu’un philosophe fasse de la politique en expliquant que c’était de la schizophrénie. Mais Socrate, ne lui a-t-on pas fait boire de la ciguë ?»
Voilà le nouveau profil qu’est décidé à offrir Peillon : celui d’un sage concoctant l’antidote au poison du sarkozysme. «L’urgence politique, c’est de battre Sarkozy. La France est gouvernée par des néofascistes.» Certes, il organisera un dîner «amical» de l’Espoir à gauche à La Rochelle. Mais «pas un dîner du courant, un dîner avec des gens du courant, précise-t-il. Je suis le responsable institutionnel de l’Espoir à gauche, et les gens se tournent vers moi. Mais ce n’est pas une finalité en soi». D’autant que de ce qu’était le premier courant du parti au moment du congrès de Reims, il ne reste, depuis l’affrontement avec Ségolène Royal, plus grand-chose. Son ami Patrick Mennucci en convient : «Le courant a explosé…»
Conversion. Vincent Peillon garde un œil acéré sur l’état du PS. «Il reste une difficulté : la crédibilité des équipes. Il faut rassembler encore plus. Il y a beaucoup de blessures, mais aussi beaucoup d’amitiés. Ca suffit. On a perdu en 2002, on s’est tapé 2007 dans les conditions que l’on sait. Nous devons prendre de la hauteur.» Et aussi, des responsabilités : «Il faut qu’on ait un dispositif d’expression où chacun se sente bien.» Un ponte du parti nuance sa conversion : «Son recentrage sur les idées s’accompagne quand même d’une certaine présence. Il a fait des pieds et des mains pour être dans le petit cercle des dirigeants qui travaille sur la convention du parti sur l’international», en l’occurrence Delanoë, Fabius, Emmanuelli, Hollande et Cambadélis. Ce socialiste en est persuadé : «Il veut être porte-parole.» Pourquoi pas, selon Mennucci : «Cette volonté me paraît légitime au moment où on aborde la présidentielle et la place de chacun dans le dispositif. Une personnalité d’un tel niveau intellectuel doit être au premier rang.» Le sens de l’intérêt général, toujours.
(1) A paraître au Seuil, en janvier 2011.



