03/02/2010 - Réponse à Brice Hortefeux au sujet du financement de la sécurité en Ile de France

Suite à des propos pour le moins étonnants tenus par le Ministre de l'Intérieur - visiblement désireux d'apporter son obole à la campagne de son parti pour les régionales - je lui ai fait cette réponse en fin de semaine dernière, afin de revenir un peu à la réalité.
Monsieur le Ministre de l'Intérieur,
Le Figaro rapporte des propos que vous avez tenu mardi soir lors de l'édition mensuelle de vos « rencontres de Beauvau ». Dénonçant le « piètre bilan des régions socialistes en matière de sécurité », vous y avez proposé une « nouvelle » approche des questions de sécurité associant étroitement les régions à l'État, par le biais d'un « Pacte Etat-région sur la sécurité au quotidien ».
Les bonnes idées, dit-on, sont à tout le monde. Suivant cet adage, j'interprète vos propos comme un hommage discret aux socialistes, et notamment aux socialistes d'Ile de France, puisque ce que vous feignez d'imaginer pour la présente campagne électorale existe dans les faits depuis 1998 dans notre région.
Au risque de vous décevoir, la région Ile de France ne vous a pas attendu pour intervenir sur la sécurité quotidienne de ses habitants. Fort naturellement, d'abord, dans les domaines de compétence qui lui sont propres, transports et lycées – dépensant depuis 1998 plus de 110 millions d'euros pour installer la vidéosurveillance dans les premiers, et 34 millions d'euros sur les seules 5 dernières années pour sécuriser les seconds.
Mais ce n'est pas tout. Ce « pacte État-région » que vous faites mine d'appeler de vos vœux, il existe déjà, et vous ne pouvez l'ignorer, puisqu'il prend la forme d'une convention passée entre la région Ile de France d'une part, votre ministère (pour la police) et celui de la Défense (pour la gendarmerie) d'autre part. Cette convention, dans le cadre de laquelle la région Ile de France a déjà versé 70 millions d'euros depuis 2004, vise à co-financer la construction de commissariats et de gendarmeries. Et la contribution de notre région est tout sauf symbolique, puisqu'elle s'est par exemple portée à 60% du coût du commissariat de Clichy-Montfermeil, récemment construit.
Cela étant, dans un « pacte », puisque vous utilisez ce mot, on est, me semble-t-il, en droit de s'attendre à ce que les deux parties tiennent leur engagement. Or je suis au regret de vous rappeler, Monsieur le Ministre, que vous n'avez pas, jusqu'à présent, tenu votre part du contrat. La convention passée entre notre région et vos services stipule que vous vous engagez, en échange de notre effort financier, à augmenter les effectifs des forces de l'ordre dans les localités concernées. Or force est de constater qu'il ne nous est pas revenu du terrain que cet engagement a été tenu, et que, plus étonnant encore, vous vous êtes jusqu'à présent abstenu de nous communiquer des statistiques claires sur l'évolution des effectifs des forces de sécurité dans ces zones, malgré nos demandes répétées.
Nous ne doutons pas, maintenant que vous avez publiquement – quoi que de façon détournée – rendu hommage à notre approche, que vous nous livrerez dans les meilleurs délais une réponse claire sur ce point.
Julien Dray



