Les habits neufs de la gauche

Le Mot de l'éditeur
Député et maire d'Évry, Manuel Valls incarne le renouveau du Parti socialiste. Il est l'un de ses plus brillants orateurs.
Son constat ? Le cinglant échec de l'État UMP. Son credo ? La rupture totale avec un modèle français en crise, la réhabilitation de la Nation et la VIe République. Sa force ? Confronté aux défis quotidiens d'une grande ville de banlieue, ce maire très populaire parle haut et sans langue de bois.
Manuel Valls est sévère à l'égard des élites françaises, responsables selon lui de la ségrégation sociale, territoriale et ethnique qui déchire une partie du pays. Mais le maire d'Évry dépasse le simple constat d'échec pour formuler de vraies propositions, concrètes et inédites, et définit une méthode pour la réforme. Ce quadra offre au Parti socialiste un nouveau logiciel pour son projet. Son livre est un électrochoc salutaire en ces temps de surchauffe électorale.
Manuel Valls s'est très jeune entièrement dévoué à la cause politique. Il fut animateur de l'UNEF-ID, attaché parlementaire de Michel Rocard à Matignon, de 1988 à 1991, et chargé de la communication et de la presse au cabinet de Lionel Jospin, de 1997 à 2001. Il est maire d'Évry depuis 2001 et député de l'Essonne depuis 2002.
Extrait du livre :
Comment devient-on socialiste ?
Enfant parisien, fils d'un artiste peintre et d'une enseignante, né espagnol à Barcelone, rien ne semblait me prédestiner à devenir un homme politique. J'ai grandi dans le Marais à une époque où ce quartier était encore populaire, où l'on donnait tous les matins dans les écoles des leçons de morale. Mes origines, catalane par mon père, suisse-italienne par ma mère, me permirent rapidement de parler plusieurs langues : catalan, espagnol, italien et bien sûr français. Le climat dans lequel je baignais était cependant propice à aiguiser la curiosité d'un enfant. Les amis de mes parents, écrivains, poètes, philosophes, peintres, alimentèrent eux aussi une soif de connaissance et une passion pour la lecture.
Je n'eus pas à proprement parler de déclic, mon engagement fut plus sûrement le fruit d'une longue maturation. Les discussions familiales, les débats de cours de récréation m'amenèrent presque naturellement à admirer Michel Rocard qui incarnait une gauche moderne. L'homme du «parler vrai» et du pragmatisme était plus attirant que François Mitterrand qui m'apparaissait comme un vieux politicien, tellement vieux que mon père en avait entendu parler dès son arrivée en France, en 1948.
Mes lectures de jeunesse, mon parcours personnel, celui d'un fils d'Espagnol pour lequel la dictature n'était pas seulement une image m'ont toujours amené à rejeter les totalitarismes. Le Parti communiste, satellite complaisant de l'URSS, ne trouvait pas grâce à mes yeux. L'extrême gauche qui en France affirmait que le cours de l'Histoire aurait été différent si la moustache de Staline avait été remplacée par celle de Trotski ne m'attirait pas plus.
Le choix du Parti socialiste fut donc plus un choix par défaut qu'une adhésion massive à la doctrine du parti né à Epinay. Je ne supportais plus l'ambiance délétère de la fin du septennat de Valéry Giscard d'Estaing et j'admirais le magnifique combat de Robert Badinter pour l'abolition de la peine de mort.



