Conversations républicaines

La République est-elle encore un projet d'avenir ou n'est-elle plus qu'un mot vide de sens? Qu'est-ce que l'identité nationale? En quoi peut-on parler aujourd'hui d'un abaissement national? La laïcité est-elle en danger, et qui la menace? Que faire pour refonder une école qui ne soit pas inefficace et douloureuse? Où trouver la force de revendiquer la justice dans un monde dominé par la concurrence et l'utilitarisme? Comment concilier égalité et liberté, individualisme et solidarité? L'Europe est-elle condamnée à rester un grand marché, ou peut-elle redevenir un projet politique pour le siècle qui s'ouvre? La nation est-elle l'horizon indépassable du projet républicain?
Autant de questions qui sont les nôtres, qui seront au cœur de l'élection présidentielle et auxquelles Vincent Peillon apporte ici ses réponses, dans un dialogue d'une grande liberté avec François Bazin.
Critique du "Monde", par Michel Noblecourt :
Ancien porte-parole de François Hollande, puis proche de Ségolène Royal, avant de la combattre, Vincent Peillon a rejoint l'équipe du candidat socialiste - qu'il ne cite que deux fois en page 174 -, où il s'occupe de l'éducation. "Abandonnée et attaquée par les plus hautes autorités de l'Etat", "l'école va mal", écrit-il. "Pour comprendre la société que nous voulons bâtir, assène-t-il, il suffit de regarder l'école que nous sommes en train de construire. L'école dit, à elle seule, la société de demain."
Vincent Peillon n'évoque pas la promesse de François Hollande de créer 60 000 postes dans l'éducation nationale sur cinq ans - l'ouvrage a été réalisé avant la fin de la primaire socialiste - et s'il insiste sur la nécessité de faire de la jeunesse, et de l'école, "une priorité nationale", il juge qu'"il ne sert à rien de rajouter des moyens si on ne change pas le système". Il veut ouvrir deux chantiers : le "temps scolaire" - avec allongement de l'année scolaire, réduction des horaires quotidiens, fin de la semaine de quatre jours - et "une réelle revalorisation - morale, professionnelle et financière - du métier d'enseignant qui permette, au-delà des cours dispensés en classe, un suivi individualisé des élèves".
Avec une plume incisive et un style brillant, M. Peillon exerce son "droit d'inventaire" - refusant de croire que "l'avenir de la gauche et la réussite du pays se trouveront dans la répétition de la geste mitterrandienne, pas même dans son inspiration" - sur la laïcité, la question sociale - abordée trop brièvement -, l'Europe et la démocratie. Il nourrit son plaidoyer pour la "République réelle" de constantes références aux anciens, préférant évoquer Léon Bourgeois que Dominique Strauss-Kahn sur le "socialisme de production" ou rappelant que Louis Blanc parlait déjà d'"Etat régulateur" et qu'Edgar Quinet faisait de l'écolier "le messager de l'avenir".
Se référant à Pierre Mendès France, Vincent Peillon souligne que, en 2012, "il faudra mener une politique de vérité qui rompe avec la préférence française pour le mensonge, qui assume la réalité de la situation où nous aurons à agir, qui se défie des incantations lyriques, puis des déceptions et des trahisons qui les accompagnent toujours". "L'idée républicaine, martèle-t-il, lorsqu'elle entre dans la bataille, ne saurait être une nostalgie. Il faut choisir résolument avec elle le parti du mouvement, de la réforme et de la modernité. Elle est d'abord un acte de confiance dans la nature de l'homme, dans les forces de son esprit, dans sa capacité de construire un monde plus libre, plus juste, plus riche." Quatre mots résument le livre : Vive la République, camarades...



